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Philippe Martinez : à la CGT, un leader (bis) par défaut

Actu | Eux | publié le : 02.02.2015 | Emmanuelle Souffi, Stéphane Béchaux

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Philippe Martinez : à la CGT, un leader (bis) par défaut

Crédit photo Emmanuelle Souffi, Stéphane Béchaux

Non, Philippe Martinez ne manque pas d’humour. C’est même l’un des principaux traits de caractère de ce natif… du 1er avril ! Ses bacchantes lui donnent un faux air de Dupond et Dupont ? Il en joue. « Vous voyez que ce sont des vraies. Mais je préfère les tirer moi-même plutôt que ce soit vous ! » lance-t-il aux journalistes lors de sa première conférence de presse, le 14 janvier. « Pressenti » pour diriger la CGT depuis le départ en catastrophe et en catimini de Thierry Lepaon, l’homme se sait très attendu. Et pas seulement pour ses bons mots, dans une maison sans cap ni boussole, déchirée par une impitoyable lutte de clans et de personnes. Un brin langue de bois, il réfute pourtant toute idée de « crise majeure », préférant parler de « période inédite ».

Âgé de 53 ans, cet ancien technicien au centre de R & D de Renault, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), incarne la ligne dure de la centrale. Celle dite « de Boulogne-Billancourt », très liée au Parti communiste. Patron de la Fédération de la métallurgie depuis 2008, il a mis ses pas dans ceux de son prédécesseur, Daniel Sanchez, qui ne signait jamais rien. Et lui ne participe même pas aux négociations de branche. « Il envoie ses secrétaires confédéraux. C’est un contestataire qui ne signe pas, y compris les accords sur l’alternance ou la formation », observe l’un de ses alter ego. « Philippe maîtrise parfaitement ses su jets et ne manque pas de détermination », complète Gabriel Artero, leader de la CFECGC Métallurgie.

Cette réputation de cégétiste « vieille école », cet homme plutôt secret la revendique. « Le rapport de force, ça veut dire quelque chose. Le syndicalisme, c’est tout sauf de la délégation de pouvoir », assène-t-il. Une ligne qui, à Montreuil, fait craindre aux partisans de l’ouverture que la CGT fasse, une fois encore, l’économie d’une vaste réflexion sur ses orientations et ses pratiques. « On repart pour un tour. Il aurait fallu quelqu’un de neuf, avec des idées nouvelles. S’il s’impose, c’est qu’on en a tous ras-le-bol de la guerre des chefs », confie un permanent confédéral. Dans le paquebot, tout le monde va scruter à la loupe la composition de la future équipe. Et gare aux combines d’appareil ! En interne, un épisode a fait grand bruit, en janvier, lorsque Thierry Lepaon a tenté en vain d’imposer un bureau confédéral de son choix, avec Philippe Martinez à sa tête. Lors du vote, celui-ci a alors bénéficié du soutien de la Fédération de la santé, dirigée par sa compagne. Contre l’avis, à 75 %, des troupes. Une faute que le métallo ne peut reproduire s’il veut être élu, début février, à la tête de l’organisation. Probable, mais pas encore certain.

Attendu au tournant, le quinquagénaire ne manque pourtant pas de talent. Chez Renault, où il entre en 1982, il s’est ainsi taillé un costume de héraut lors de la fermeture de l’usine belge de Vilvorde, en 1997. Le premier euroconflit, à une époque où la CGT ne fait pas partie de la Confédération européenne des syndicats. « Sa manière de s’exprimer parlait aux ouvriers et aux techniciens, se souvient Jean-Christophe Sciberras, l’ancien directeur des relations sociales du constructeur. C’est un leader orthodoxe mais fiable et capable de voir où sont les intérêts partagés. Et qui connaît les contraintes de l’entreprise privée soumise à la guerre économique. » Des qualités indispensables dans une centrale syndicale encore très marquée par le poids du secteur public. Et qui doit faire très vite la preuve de sa capacité de rebond, à deux ans d’élections de représentativité qui s’annoncent déjà cruciales.

Auteur

  • Emmanuelle Souffi, Stéphane Béchaux